Le blog de cuisine de Robert Barrero · près de Perpignan

Saveurs du Sud,
trésor de famille

Des recettes colorées et saines, glanées, inventées ou améliorées au fil du temps : la nostalgie de la cuisine de maman au service de la créativité.

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« Il faut de bons produits, un zeste de créativité et surtout la quête du plaisir des autres. Nul besoin d'être riche pour cela : Carmen me l'a enseigné. »
Robert Barrero
Qui suis-je ?

Robert Barrero, touche-à-tout passionné

Je vis dans un petit village proche de Perpignan. Après une vie de touche-à-tout passionné, la retraite me laisse le loisir de créer ce blog pour partager les recettes que j’ai glanées, inventées ou améliorées au fil du temps.

Ce goût immodéré et parfois déraisonnable pour la cuisine n’est pas né de nulle part. De mes parents, Républicains espagnols réfugiés en France, j’ai hérité de valeurs et d’un attachement charnel à l’Espagne. De ma mère, Carmen, j’ai reçu l’amour de la gastronomie et d’une cuisine généreuse. Je tente depuis toujours de percer les mystères des plats de mon enfance, leur goût de terre et de mer et leur rayonnement solaire. J’y ajoute ma pointe de modernité et ma curiosité pour les cuisines du monde.

J’aime l’inventivité dans les casseroles et la convivialité sur la table. Il faut pour cela de bons produits, un zeste de créativité et surtout la quête du plaisir des autres. Nul besoin d’être riche pour cela : Carmen me l’a enseigné. Par ce modeste blog, j’espère le montrer. Vous y trouverez mes recettes, mes coups de cœur et mes coups de gueule. J’indiquerai les bonnes adresses de mon coin.

Alors, glanez, amusez-vous, régalez-vous si possible et n’oubliez pas de me laisser vos commentaires, et aussi de partager l’adresse de ce blog avec vos amis !

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Le hareng republicain
Plats

Le hareng republicain

9 juil. 2018
Le hareng republicain

Après le PMU au bar des Aviateurs, qui se trouvait avenue de l’aérodrome (d’où ce nom des aviateurs) dans le quartier du Haut-Vernet, mon père et moi, tout endimanchés, rentrions pour manger le traditionnel « aroz pobre ». Version économique de la paella, l’aroz pobre (littéralement riz pauvre) était le plat habituel des dimanches ordinaires. Prenez une paella, enlevez les langoustines, le calamar, les gambas, la baudroie, gardez le riz, le poulet et le lapin et vous aurez un “aroz pobre”, ou le folklore gastronomique Ibère à la portée des fauchés. Nous n’étions pas pauvres. Pas au sens strict du terme. Nous étions modestes. La pauvreté, la vraie, celle des ventres creux et des yeux vides, mes parents l’avaient connue en Espagne pendant la guerre civile. De cette période noire de leur vie, ils avaient gardé des souvenirs douloureux transformés en sombres plaisanteries et un certain nombre d’habitudes. Une d’entre elles me fascinait. Mon oncle Pédro, carreleur de son état et Stalinien flamboyant (ahhhh le feu dans ses yeux quand il me racontait Teruel ou la bataille d’el Ebro) rentrait parfois du travail avec sous le bras un paquet odorant, papier kraft soigneusement plié en carré. Le paquet était déposé sur le linteau de la fausse cheminée, attendant son sort pour le repas du soir, sous mon regard curieux. Le soir, attablé avec les parents, j’admirais enfin l’étrange rituel de mon oncle. Dépliant le papier kraft, il en sortait un hareng saur de belle taille. Avec des gestes lents, calculés et savants, dans un silence épais, il mettait le hareng entre deux morceaux du papier qui avait servi à l’emballer puis s’approchait de la porte de la salle à manger. Alors, il l’entrebâillait et fourrait le hareng entre le cadre et la porte, près des gonds, puis refermait celle ci sur le poisson dans son portefeuille de papier, en plusieurs coups délicats mais fermes. Le hareng, pris en étau, perdait ainsi un peu de son huile, se pelait plus facilement, et se "désarêtait" en un tour de main. En quelque sorte il était transcendé par ce traitement. Ce geste, incongru, brutal et mystérieux, me plongeait inexplicablement dans un état de ravissement que je ne m’explique encore pas aujourd’hui. Plus tard, au moment du dessert, quand les fins de mois étaient plus difficiles, mon père se faisait un « pan chis pon » il avait inventé ce mot pour moi. C’etait un dessert. Il tirait cette recette de sa propre enfance, passée sous le regard implacable d’un père autoritaire, dans une minuscule maison du quartier populaire de Puente-De-Vallecas, à Madrid. Le plat était simple, roboratif, délicieusement banal. Dans une assiette creuse, mon père posait au centre une tranche de pain rassis. Puis il versait sur le pain trois cuillères à café de sucre blanc. Enfin, il saisissait la bouteille de vin rouge qui nous faisait 3 jours (rouges mais sobres mes parents) et en arrosait généreusement la tranche de pain sucrée. Il attaquait ça à la cuillère à soupe, après un temps de trempage qui le faisait saliver. C’était le « pan chis pon ». J’en adorais l’idée et la fabrication, autant que j’en détestais le goût. Le sourire satisfait sur le visage de mon père à la vue de la grimace pincée que je ne manquais pas de faire en goûtant le “pan chis pon”, me comblait de joie. Complices et tendres. Parfois, je questionnais mon père sur les années misère, sur la famine et la guerre civile. Alors, en riant il me disait qu’il n’y avait pas de famine grâce au hareng républicain. Et comme si je ne l’avais jamais entendue il me racontait pour la nième fois la recette du hareng madrilène, le hareng républicain.Pour cette recette il vous faudra :

Un hareng (peu importe la taille)

Un morceau de ficelle

Un clou

Une bougie

Une nappe en toile cirée bien claire

Un quignon de pain.

Prenez le clou et enfoncez-le au plafond. Attachez-y la ficelle. A la ficelle attachez le hareng. Laissez-le suspendre à 30 centimètres au-dessus d’une table sur laquelle vous aurez préalablement étendu la toile cirée. Bien claire.Mettez la bougie dans un bougeoir. Allumez-la. Posez-la sur la table derrière le hareng. Suspendu.A présent l’ombre du hareng se projette sur la nappe claire.Divisez le quignon de pain en autant de morceaux que de convives.Chaque convive peut maintenant tremper son morceau de pain dans l’ombre du hareng et se rassasier.Cette histoire faisait beaucoup rire mon père. Moi, elle m’a toujours laissé perplexe.